André Malraux, l’imposteur

MalrauxRoger Peyrefitte n’est certes pas de nos amis, mais son portrait d’André Malraux, l’écrivain bien connu, qui fut aussi le ministre de la culture du général de Gaulle de 1959 à 1969, mérite d’être reproduit. Voici ce qu’a écrit le romancier Roger Peyrefitte à son sujet :
"Il s’est servi du communisme, ensuite du gaullisme, pour vendre ses bouquins. Personne ne parlait plus de lui à la libération. Il a ressurgi, comme par miracle, dans le bateau du gaullisme…
"La seule fois que je l’ai vu, en chair et en os, c’est grâce à Montherlant. A mon retour d’Athènes, quand je suis revenu de l’administration centrale, entre 1938 et 1940, je fréquentais assidûment la Bibliothèque nationale… J’y rencontrais souvent Montherlant… Nous sortions ensemble, et allions déjeuner au Louis XIV, place des Victoires. Un jour, il me dit : "Regardez là-bas, Malraux… Nous ne nous saluons pas, dit Montherlant. Je suis considéré comme quelqu’un de droite, lui est un rouge. Un sale type, mais très grand écrivain… Je vous prêterai l’Espoir." Je lui ai rendu le livre quelques jours après : "Je n’ai pas pu aller au-delà de la page 12. Je reconnais que c’est un écrivain ; il y a de belles formules, quelques éclairs. Mais sa lecture demande un effort constant…" En fait, Montherlant, comme beaucoup d’autres, s’était laissé bluffer par la comédie héroïque de Malraux. Il me l’a avoué après la guerre : "J’ai eu l’idée de relire l’Espoir. Vous aviez raison. Comme vous, je n’ai pas pu l’achever…
"Malraux ne voulait pas qu’on publiât sa biographie. Il eût préféré que l’on se bornât à consulter son œuvre. Évidemment, sa biographie est la destruction de son œuvre ! J’en apporte quelques preuves. Que dit le Who’s who, c’est-à-dire Malraux lui-même ? "Organisateur et chef de l’aviation étrangère au service du gouvernement espagnol." Que fut la réalité ? Il suffit, pour s’en convaincre, de lire les mémoires du commandant de l’armée aérienne républicaine espagnole, publiés il y a deux ou trois ans : on ne savait comment se débarrasser de Malraux, inactif, incompétent, et qui perturbait toutes les activités du groupe. Par conséquent, même s’il est allé en Espagne, il n’y a joué aucun rôle déterminant…
"Malraux colonel ? Il s’est décerné le grade lui-même, comme Chaban celui de général. Malraux commandant la brigade "Alsace-Lorraine" ? celle-ci a été fondé en juin 44, bel effort. Je possède le témoignage d’un homme que je vénère et auquel j’ai déjà fait allusion et qui était un des treize chefs de réseaux de la résistance. Qu’a-t-il trouvé sur André Malraux ? Aucun fait d’armes, que la constitution de la fameuse brigade, deux mois avant la libération…
"Malraux a prétendu avoir dynamité un train, mais jamais il n’a donné ni le même lieu ni la même date. Et, je le répète, aucune trace n’est restée de ces prétendus faits d’armes. Par précaution, il citait toujours le même témoin, un témoin sûr : son complice en fumerie d’opium, Emmanuel d’Astier de la Vigerie. Voulez-vous un autre exemple ? Dans ses Antimémoires, il raconte qu’il a découvert, en avion, le royaume de la reine de Saba. Je connaissais cette histoire. Elle m’avait été raconté par Jean Vigneau, mon premier éditeur. Ce fameux vol ayant été effectué en compagnie de Corniglion-Molinier, j’ai questionné celui-ci, qui était un ami de Mary Teissier (lorsqu’il était Ministre des Transport, elle lui téléphonait, comme chez Cook, pour lui faire retenir nos wagons-lits). Il m’a répondu que lui-même et Malraux s’étaient mis d’accord pour monter un canular, et faire prendre quelques tas de sable pour un royaume disparu…
"Malraux ? historien de l’art. Quand j’ai fait mon séjour aux USA, en 1967, un professeur de Princeton m’a déclaré que les étudiants obtenaient un zéro, quand ils se référaient aux illisibles Voix du silence. A-t-il jamais parlé d’amour ? Toujours de la mort. A-t-il jamais souri ? Regardez sa tête sinistre, qui est toujours apparue dans des histoires sinistres. Sa disparition a été présentée, dans la France giscardienne, à peu près comme l’avait été celle de de Gaulle dans la France pompidolienne. Il est naturel que le monde officiel, artisan d’imposture, ait voulu honorer le roi des imposteurs. " (Propos secrets, Albin Michel, 1977, p. 198-202).

Rappelons qu’en 1921, André Malraux s’était marié avec une certaine Clara Golschmidt, que les lecteurs de Psychanalyse du judaïsme connaissent déjà.

Hervé Ryssen